Comment savoir si une difficulté vient du client… ou de notre posture ?

Ce qui ressemble à un client résistant peut aussi révéler la posture de coach que vous adoptez sans le savoir. Apprendre à faire le tri grâce à la pratique réflexive.
Quand une séance est difficile, le premier réflexe est de chercher la cause chez le client. Il résiste, il n'est pas prêt, il n'est pas vraiment demandeur, il a été envoyé par son entreprise. Ces explications sont parfois vraies. Elles sont surtout confortables, parce qu'elles laissent la posture du coach hors de question, à l'abri de tout examen critique.
Cette tentation existe chez tous les coachs, débutants comme confirmés. Elle n'est pas un manque d'intégrité, c'est une protection psychologique bien naturelle. Mais s'y arrêter systématiquement empêche tout apprentissage réel. La question n'est pas de se blâmer à chaque difficulté, elle est de développer un réflexe d'examen honnête, sans complaisance ni auto-flagellation excessive.
Trois sources possibles
Une difficulté en séance a presque toujours une des trois origines suivantes, et souvent les trois à des degrés divers, imbriquées les unes dans les autres de façon difficile à démêler sur le moment.
- Le client : son ambivalence, sa peur du changement, son cadre de vie, sa demande réelle qui n'est pas celle qu'il a formulée.
- Le dispositif : un contrat flou, un commanditaire ambigu, un objectif imposé, un nombre de séances inadapté, un cadre jamais reprécisé.
- Le coach : sa fatigue, ses résonances, ses angles morts, son besoin de réussir, sa difficulté avec ce type de profil.
Le test du motif récurrent
Le critère le plus fiable est simple : est-ce que cette difficulté apparaît uniquement avec ce client, ou est-ce qu'elle revient ? Si vous rencontrez régulièrement des clients qui « n'osent pas passer à l'action », il est probable que quelque chose dans votre manière de tenir l'espace favorise cela. Un motif qui se répète chez plusieurs clients différents parle rarement des clients, et beaucoup de la posture du coach.
L'inverse est vrai aussi. Une difficulté isolée, avec un seul client, sur un seul sujet, relève plus souvent de la singularité de cette relation. Elle mérite d'être regardée, mais elle ne remet pas votre pratique en cause de façon générale. Distinguer les deux évite de se remettre en question à chaque séance compliquée, ce qui userait n'importe quel coach à moyen terme, même le plus solide.
Un bon exercice consiste à tenir, pendant quelques mois, un journal de bord discret listant les difficultés rencontrées séance après séance. Au bout d'un trimestre, des motifs émergent souvent que l'œil n'aurait pas repérés à chaud. Cette pratique réflexive régulière transforme des impressions vagues en données concrètes sur lesquelles travailler sérieusement, seul ou accompagné.
Faire le tri concrètement
- Réécouter un enregistrement en notant uniquement vos interventions, sans écouter le client.
- Repérer le moment précis où la séance a basculé, et ce que vous avez fait juste avant.
- Nommer l'émotion que vous avez ressentie, et vérifier si elle vous est familière.
- Vous demander à qui ce client vous fait penser.
- Vérifier ce qui, dans le contrat, n'a jamais été clarifié.
- Demander à un pair d'écouter le même extrait et de dire ce qu'il perçoit, sans commentaire de votre part.
Ce n'est pas forcément le client qui bloque. Parfois, c'est la façon dont l'espace est tenu qui ne lui permet pas encore de bouger.
5 questions à vous poser avant la prochaine séance
- Qu'est-ce que je redoute que ce client me dise aujourd'hui ?
- Ai-je déjà rencontré ce type de blocage avec d'autres clients ?
- Qu'est-ce que je fais différemment avec lui qu'avec mes autres clients ?
- Le cadre initial est-il toujours clair pour nous deux ?
- Qu'est-ce que je protège, moi, en évitant certains sujets avec lui ?
Ce tri est difficile à faire seul, parce qu'il demande d'être à la fois juge et partie. En supervision de groupe, la question se traite autrement : d'autres coachs entendent votre récit, réagissent, et ce qu'ils ressentent vous renseigne. Quand plusieurs personnes du cercle éprouvent la même chose en vous écoutant parler d'un client, ce n'est plus une hypothèse, c'est une piste sérieuse à explorer plus loin ensemble.
Le rôle du superviseur coach, dans ce moment précis, n'est pas de trancher à votre place mais de vous aider à formuler l'hypothèse la plus juste. C'est une différence essentielle avec le mentorat ICF, qui s'appuie sur un référentiel de compétences pour évaluer des comportements observables. La supervision, elle, travaille sur ce qui ne s'observe pas directement : les résonances, les mouvements internes, la qualité de présence dans l'instant.
Un cas anonymisé
Un coach débutant, tout juste certifié, se plaignait en supervision de coach que ses clients « n'osaient jamais s'engager sur des actions concrètes ». Il attribuait cela à un profil de clientèle particulièrement prudent, presque une malchance de casting. En réécoutant un enregistrement devant le groupe, un détail est apparu : à chaque fin de séance, il proposait lui-même trois options d'action, laissant le client choisir parmi sa liste plutôt que de la construire lui-même.
Ce geste, presque invisible pour lui, empêchait structurellement l'engagement réel du client, puisque l'action restait celle du coach déguisée en choix. Ce motif s'est révélé identique chez plusieurs de ses clients suivis en parallèle, confirmant qu'il s'agissait bien d'un trait de sa posture de coach et non d'une coïncidence liée à des profils prudents rencontrés par hasard.
Ce que révèle la fréquence d'un motif
Ce cas illustre bien le test du motif récurrent évoqué plus haut : dès qu'une difficulté touche plusieurs clients sans lien apparent entre eux, la probabilité qu'elle vienne du coach augmente fortement. Le mentorat ICF aurait pu repérer ce comportement à partir du référentiel de compétences, notamment sur la co-construction du plan d'action, mais c'est la pratique réflexive en groupe qui a permis de comprendre pourquoi ce comportement s'était installé chez ce coach en particulier.
- Demandez-vous si vous proposez des options avant de laisser le client en formuler.
- Vérifiez combien de temps de parole vous occupez en fin de séance.
- Repérez si vous résumez à la place du client plutôt que de le laisser conclure.
- Observez si vous accélérez quand le silence s'installe.
- Notez si certains types de clients déclenchent chez vous une envie d'aider plus vite.
- Demandez un retour à un pair sur votre façon de clore les séances.
Un protocole utile consiste à choisir, chaque mois, une seule habitude de fin de séance à observer sur l'ensemble de ses clients. Ce focus resserré rend visibles des automatismes que l'attention diffuse ne capte jamais. C'est un exercice de pratique réflexive simple, réalisable seul, mais dont les résultats gagnent toujours à être partagés en supervision de coach pour être confrontés à un regard extérieur.
Ce que le mentorat ICF apporte en complément
Le mentorat ICF s'appuie sur des compétences observables : établir un accord de coaching, favoriser la prise de conscience, faciliter la croissance du client. Quand une difficulté récurrente touche précisément l'une de ces compétences, le mentorat donne un cadre précis pour progresser, avec des critères clairs plutôt que des impressions générales sur ce qui ne fonctionne pas encore.
La supervision de coach et le mentorat ICF ne sont pas concurrents, ils s'articulent. La supervision aide à formuler l'hypothèse juste sur ce qui se joue dans la relation, le mentorat aide ensuite à la traduire en ajustements concrets de pratique, observables séance après séance, avec un vocabulaire commun issu du référentiel de compétences reconnu internationalement.
Un protocole en quatre temps
Pour éviter de conclure trop vite, un protocole simple aide à structurer l'analyse d'une difficulté récurrente, en quatre temps successifs qui évitent de sauter directement à une explication rassurante mais peu fiable, souvent formulée dans l'urgence de la séance suivante à préparer.
- Décrire les faits observables, sans interprétation, comme devant un tribunal.
- Lister les hypothèses possibles, côté client, côté dispositif, côté coach.
- Chercher la fréquence : cette difficulté est-elle apparue ailleurs récemment ?
- Vérifier une hypothèse à la fois, sans les mélanger dans la même séance.
- Formuler ce qui a été appris, même si l'hypothèse initiale était fausse.
À retenir
- Une difficulté en séance vient rarement d'une seule source : client, dispositif et coach s'entremêlent.
- Un motif qui se répète chez plusieurs clients interroge en priorité la posture du coach.
- Réécouter ses propres interventions révèle souvent plus qu'analyser le comportement du client.
- La supervision de coach offre un regard extérieur impossible à obtenir seul.